
MORIM Insight
Le curriculum éveillé : quand l'éducation cesse d'importer et commence à créer
Par Affi Agbodo
La grande majorité des curricula utilisés aujourd'hui dans l'enseignement supérieur africain n'ont pas été conçus en Afrique. Ils ont été importés, traduits, adaptés à la marge — mais leur architecture intellectuelle reste celle d'ailleurs. Ce n'est pas nécessairement un problème en soi : la circulation des savoirs est une richesse. Le problème survient quand cette importation devient la seule modalité, au point d'étouffer toute production de savoir local.
Un curriculum importé forme naturellement des exécutants — des professionnels compétents pour appliquer des cadres conçus ailleurs. Il forme plus difficilement des créateurs — des professionnels capables de concevoir de nouveaux cadres à partir des problèmes spécifiques de leur propre contexte. Or c'est précisément cette seconde capacité qui manque le plus cruellement aux économies africaines en transformation rapide.
Un curriculum éveillé part dans l'autre sens : il prend comme point de départ les problèmes réels du contexte local — agriculture, énergie, santé, gouvernance, finance informelle — et construit la théorie et la méthode à partir de ces problèmes, en s'appuyant sur les meilleurs cadres internationaux quand ils sont pertinents, sans jamais en devenir prisonnier.
Cette approche change fondamentalement la posture de l'apprenant. Il ne s'agit plus de mémoriser un modèle pour le restituer, mais de développer la capacité à diagnostiquer, adapter et parfois inventer une réponse originale. C'est une compétence beaucoup plus difficile à enseigner — et beaucoup plus précieuse pour des économies qui doivent inventer leurs propres trajectoires de développement.
MORIM conçoit ses curricula selon cette logique : partir des besoins réels des employeurs et des institutions partenaires, construire des études de cas ancrées localement, et former des équipes pédagogiques capables de produire du contenu original plutôt que de simplement transmettre un contenu importé.
La souveraineté d'un continent ne se joue pas seulement dans ses ressources ou ses institutions politiques. Elle se joue aussi, silencieusement, dans la salle de classe — dans le choix de former des exécutants de modèles étrangers, ou des créateurs capables d'inventer les solutions dont l'Afrique a besoin.
Articles similaires

L'université sans mission : pourquoi tant d'écoles privées échouent à produire des diplômés utiles
À travers l'Afrique, le boom des universités privées masque une crise de pertinence. Quand les institutions privilégient les inscriptions sur les résultats, elles risquent de devenir des usines à diplômes plutôt que des moteurs de développement économique.

L'héritage inemployé : quand l'expertise en entreprise part à la retraite sans héritier
Comment l'expertise en entreprise s'efface sans transfert de connaissances approprié, et le rôle de la pédagogie pour transformer l'expérience professionnelle en héritage transmissible.

À quoi sert vraiment l'éducation ?
Une remise en question du but fondamental de l'éducation : est-elle devenue avant tout un « tri économique » plutôt qu'une manière de façonner la responsabilité et l'amélioration du monde ?
MORIM Insight
Prêt à en discuter avec notre équipe ?
Plaidoyer pour un curriculum ancré dans la résolution de problèmes locaux plutôt que dans l'application de modèles mondiaux — former des créateurs de souveraineté locale, pas seulement des exécutants de modèles étrangers.
Contactez-nous