
MORIM Insight
L'université sans mission : pourquoi tant d'écoles privées échouent à produire des diplômés utiles
Par Affi Agbodo
À travers le continent, le nombre d'universités et d'écoles supérieures privées a explosé au cours de la dernière décennie. Sur le papier, c'est une bonne nouvelle : plus d'établissements, plus de places, plus d'accès à l'enseignement supérieur pour une jeunesse africaine en pleine croissance démographique. Mais derrière ces chiffres se cache une question que peu d'institutions osent se poser : à quoi servons-nous réellement ?
Beaucoup de ces établissements se sont construits autour d'un modèle simple — recruter le plus d'étudiants possible, encaisser les frais de scolarité, délivrer un diplôme en fin de parcours. Le curriculum est souvent copié d'un modèle occidental, les infrastructures pédagogiques sont minimales, et le lien avec le marché du travail local est quasiment inexistant. Le résultat est prévisible : des diplômés nombreux, mais peu employables.
Ce n'est pas un problème de volume, c'est un problème de mission. Une université qui ne peut pas répondre clairement à la question « que deviennent nos diplômés ? » n'a pas de mission — elle a un modèle économique. Et un modèle économique sans mission finit toujours par optimiser la mauvaise variable : le nombre d'inscrits plutôt que la qualité des résultats.
Les employeurs, eux, ne s'y trompent pas. Partout où nous travaillons avec des entreprises et des cabinets à travers l'Afrique, le même constat revient : les nouveaux diplômés doivent être reformés pendant douze à dix-huit mois avant de devenir réellement opérationnels. Ce coût caché — assumé par les employeurs, pas par les institutions qui ont délivré les diplômes — est le symptôme le plus clair d'une crise de pertinence académique.
MORIM défend une idée simple mais exigeante : une institution doit être jugée sur une seule chose, ce que deviennent ses diplômés. Cela signifie concevoir des curricula en partant des besoins réels des employeurs, mesurer l'employabilité comme un indicateur de performance central, et accepter que la taille d'une promotion compte moins que la valeur qu'elle crée une fois sur le marché du travail.
Réorienter une institution autour de sa mission n'est pas un exercice de communication. C'est une décision stratégique qui touche au recrutement des enseignants, à la conception des programmes, aux partenariats avec les entreprises et à la manière dont la réussite est définie et célébrée en interne. Les écoles qui feront ce choix deviendront de véritables moteurs de développement économique. Les autres continueront, pendant un temps encore, à produire des diplômes — mais de moins en moins d'avenir.
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